L’hibiscus

Votre colère contre Machin(e), est-ce bien de la colère ? est-ce bien votre colère ? et concerne-t-elle bien Machin(e) ?

par Carole Braéckman

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Ah ! nos colères ! Comment nous en débarrasser ? les lâcher ?!
Peut-être en réalisant que, derrière la colère, se cache très souvent une autre émotion : la peur… ou… le chagrin. Mais aussi que nous sommes imprégné(e)s de la violence du monde, de la colère de nos proches, de nos parents en particulier, et que notre colère peut être simple résonance avec d’autres énergies. Et enfin, que les personnes sur qui éclatent nos colères, sont bien souvent victimes d’une formidable accumulation de colères, dont, somme toute, assez peu les regardent vraiment !!

Je constate que, très souvent, les colères se trompent d’adversaire. Vous en voulez terriblement à Machin(e) ou Truc, mais si on analyse un peu, c’est parce qu’il/elle cristallise des colères anciennes, donc sur la barre verticale du temps, et aussi des colères adjacentes, en des lieux différents, avec des partenaires d’un tout autre domaine, etc.

Vous avez sans doute déjà assisté, comme moi, à une scène fréquente, d’un(e) adulte, qui, ayant retrouvé un(e) enfant égaré(e), lui colle une claque ! en lui criant dessus ! Il/elle a eu très peur ! Sa colère est un exutoire - pas brillant, je vous l’accorde - à cette peur !
Derrière les colères, se dissimulent très souvent d’autres émotions. La peur le plus souvent ! mais ça peut aussi être le chagrin. Une des étapes du deuil passe souvent par la colère !
Je dis très souvent aux personnes que j’accompagne, que je les préfère en colère, et debout, qu’anéanti(e)s par leur chagrin ! La colère est une énergie qui vient au secours de la personne, qui risquerait de s’effondrer autrement ! Très fréquemment, par exemple, quand un(e) parent(e) vieillit, l’enfant que nous sommes encore, déteste le voir décliner, et il arrive que nous nous impatientions, que nous le/la bousculions, ou malmenions… Trop de chagrin ! la mort qui passe le nez ! les réconciliations non réalisées en toile de fond, et puis aussi, la peur de notre propre déchéance, de notre fragilité…
De nombreuses personnes se reconnaîtront sans doute. Ne vous blâmez pas ! Reconnaissez juste que vos agacements, vos emportements recouvrent tout cette confusion-là, et laissez-vous gagner par le chagrin. Pleurez. Pleurez avec votre parent(e), en lui confessant vos sentiments, si vous y parvenez. Très beaux moments assurés. Car évidemment, lui aussi, elle aussi, ressent peur et chagrin !! Peur de devoir partir sans avoir pacifié sa vie, peur de la mort, peur de la vulnérabilité….etc. Tout pareil !

Vous connaissez certainement des personnes qui râlent sur leur chien, leur femme ou leur môme, parce qu’ils/elles sont frustrés(e)s au travail où ils/elles ne reçoivent pas de reconnaissance. Ou pas autant de reconnaissance qu’ils/elles aspirent à recevoir.
Ou encore, ces personnes qui focalisent leur colère sur des étrangers : « Un raciste est quelqu’un qui se trompe de colère » disait un slogan.
Et si nous nous trompions systématiquement de colère ?

Je me rappelle d’une femme, venue me voir extrêmement défaite, parce que son mari avait cogné sur son fils aîné. Evidemment, ce geste est inadmissible !
Cependant derrière la détresse de cette femme, je sentais d’autres blessures. En progressant dans la discussion, nous découvrîmes que cette violence la renvoyait à la colère refoulée qu’elle avait eue contre son propre père malmenant un jour son petit frère. Et dans son quotidien actuel, d’autres colères, d’autres fragilités la bouleversaient. Son travail pour lequel elle s’investissait à fond, sans parvenir à être sereine. Et surtout, l’hospitalisation de sa grand-mère chérie, qui allait mourir, trop jeune, trop tôt, et qui ravivait le chagrin et la colère d’un autre deuil, des années auparavant, pour lequel elle n’était pas prête non plus ! Mais peut-on se mettre en colère contre un mort ? une mourante ? un père ? Non, c’est tout bonnement illicite.
Vous allez me dire qu’elle avait raison d’être terriblement en colère contre son mari. Oui, c’est vrai. Et en même temps, dès que nous avons désamorcé ensemble ces colères du passé et ces colères du présent, son anéantissement, sa prostration, son abattement ont cédé pour ne plus la laisser que face à une situation dramatique, certes, mais gérable.

Vous savez aussi que lorsque vous êtes face à une personne calme, il vous est très rare de ressentir de la colère, que cette personne désamorce avec simplicité toute trace de conflit possible. Ce qui n’est bien évidemment pas le cas devant une personne colérique. Là, au contraire, se crée comme une cage de résonance entre vos deux colères, qui enflent à qui mieux mieux !
Dans le cas de la dame dont je parlais, il y a deux secondes, son mari avait lui-même subi des violences paternelles, lorsqu’il était jeune. Sa colère d’enfant battu, sa colère contre son fils, la colère de sa femme (ce cocktail de toutes ses colères, en fait !), vous secouez bien tout ça, et vous êtes dans une telle rage inextricable, qu’elle vous défait complètement ou que vous cognez !

Vous n’ignorez pas que lorsque vous êtes serein(e), détendu(e), vos enfants, vos élèves, qui sont d’excellents baromètres, sont adorables. Que par contre, ils/elles vont grimper aux rideaux, et vous faire tourner chèvre, lorsque vous êtes un poil crispé(e).
Combien de fois, quand vous me demandez conseil pour vos enfants insupportables, je me borne à vous préconiser de vous calmer !
Et si les colères que manifestent les petit(e)s étaient nos propres colères ou frustrations ?
Et si, dans cette ronde des colères, nos enfants étaient imprégné(e)s de cette émotion qui, somme toute, ne leur appartient pas.

Conclusion !
Voyez vos colères, toutes vos colères, comme licites. Ce qui est à contrôler ce sont leurs explosions. Pas de coup de poing sur le nez de quiconque.
La colère est comme toutes les émotions, ni pire, ni meilleure. Rappelez-vous le coucou sur la noblesse des émotions. Considérez-la comme une expression de votre sensibilité, de votre manque de confiance, et, à partir de là, prenez soin de vous.
Et d’elle.
Quand vous êtes face à quelqu’un(e) qui vous irrite, éloignez-vous et interrogez-vous : à qui vous fait-il/elle penser ? quelle scène vous revient-elle en mémoire quand vous laissez votre esprit flotter dans un état d’ouverture ? « Fouillez » dans votre enfance. Les colères que les enfants peuvent avoir contre leurs parents sont inadmissibles dans notre société, et souvent, nous les coffrons au fond de nous, et les laissons pourrir dans nos entrailles, jusqu’à ce que, au détour de notre vie d’adulte, sur une dis-harmonie identique, tout d’un coup, nous déclenchions la méga colère ! celle qui les ramasse toutes, et s’explose.... contre le/la mauvais(e) protagoniste…

Et puis, n’oubliez pas que le plus souvent, vos colères vous permettent de mieux vous connaître, et de grandir dans la compréhension et l’amour de vous... et des autres. Rappelez-vous le texte Pardonnez-vous les bêtises et les défauts de votre entourage !. Vous regrettez de n’avoir pas su réagir pour vous défendre, de vous être laissé(e) embobiner alors que votre sagesse intérieure vous soufflait de tourner les talons, de vous surprendre en flagrant délit d’imperfection, d’impuissance… Tant de raisons de vous en vouloir ! alors que vous vous aimeriez parfait(e)… et en contrôle…
Alors, acceptez ! acceptez d’être en colère, acceptez d’être imparfait(e), acceptez-vous tout court ! Lâchez votre tension intérieure, soyez bienveillant(e) face à vos chagrins, à vos peurs, à vos blessures d’enfance…
Considérez les efforts que vous manifestez pour vous en débarrasser de vos colères ! ne serait-ce que votre lecture de cet article !! Et félicitez-vous d’être en marche vers votre sérénité et votre authenticité !

© Carole Braéckman – www.lhibiscus.fr – mars 2011

Si vous êtes colérique, n’hésitez pas à consulter la rubrique Colère... C’est un sujet assez abondamment traité sur ce site.
Et lisez aussi le texte consacré aux résonances d’une personne à l’autre, et celui sur les hypersensibles.








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