L’hibiscus

S’abandonner, accepter

par Carole Braéckman

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Comment lâcher prise, accepter avec égalité d’humeur que la vie nous apporte ses joies, ses peines...

Une histoire zen m’a beaucoup troublée, en son temps.
Il s’agit d’un ermite que l’on accuse d’avoir suborné une jeune fille. Et qui accepte, sans broncher, le bébé de cette dernière quand on vient le lui confier, avec beaucoup de mépris pour sa duplicité.
Des années passent, l’ermite a pris grand soin de l’enfant. Ce dernier a grandi.
Arrive au village un jeune homme, éloigné depuis des années, qui reconnaît avoir séduit la jeune fille. Les villageois vont présenter leurs excuses au sage, qui laisse s’éloigner l’enfant, avec la même simplicité qu’il l’avait accueilli…

J’ai été offusquée, à l’époque de ma première lecture, contre les villageois, bien naturellement, contre l’impudente menteuse, évidemment, mais aussi contre le fou qui se laissait malmener sans s’insurger !
Comment pouvait-il accepter d’être victime d’une telle injustice ? sans se défendre ?!!
Comment pouvait-il laisser partir un enfant qu’il avait appris à aimer ?!!

Puis la vie a passé, j’ai été moi-même victime de racontars peu amènes, et la seule façon de me donner raison a été de laisser de la place au temps… Les médisances peuvent faire mal… quand on s’y arrête… La vérité finit toujours par remonter à la surface, et discuter avec des personnes énervées ne permet jamais de faire entendre raison… Alors, patience…

Mais il ne s’agit pas que de patienter. Il faut aussi accueillir la vie, s’y abandonner, même dans ses drôles de méandres ! En principe, vous avez tous et toutes assez d’années derrière vous (!) pour déjà (!) savoir que ce qui peut sembler anéantissant un jour, avec le recul, prend une coloration d’épreuve bienfaisante… ou tout du moins nécessaire…

Il y avait, dans un village, un homme très pauvre qui avait un très beau cheval. Le cheval était si beau que les Seigneurs du château voulaient le lui acheter, mais il refusait toujours.
"Pour moi, ce cheval n’est pas un animal, c’est un ami. Comment voulez-vous vendre un ami ?" demandait-il.
Un matin, il se rend à l’écurie et le cheval n’est plus là.
Tous les villageois lui disent :
"On te l’avait bien dit ! Tu aurais mieux fait de le vendre. Maintenant, on te l’a volé... quelle malchance !"
Le vieil homme répond :
"Chance, malchance, qui peut le dire ?"
Tout le monde se moque de lui. Mais 15 jours plus tard, le cheval revient, avec toute une horde de chevaux sauvages. Il s’était échappé, avait séduit une belle jument et rentrait avec le reste de la horde.
"Quelle chance !" disent les villageois.
Le vieil homme et son fils se mettent au dressage des chevaux sauvages. Mais une semaine plus tard, son fils se casse une jambe à l’entraînement.
"Quelle malchance !" disent ses amis. "Comment vas-tu faire, toi qui es déjà si pauvre, si ton fils, ton seul support, ne peut plus t’aider !"
Le vieil homme répond :
"Chance, malchance, qui peut le dire ?"
Quelque temps plus tard, l’armée du Seigneur du pays arrive dans le village, et enrôle de force tous les jeunes gens disponibles.
Tous... sauf le fils du vieil homme, qui a la jambe cassée.
"Quelle chance tu as, tous nos enfants sont partis à la guerre, et toi tu es le seul à garder avec toi ton fils. Les nôtres vont peut-être se faire tuer..."
Le vieil homme répond :
« Chance, malchance, qui peut le dire ?"

Il est possible que le fin mot de l’histoire n’apparaisse que bien après l’épreuve.
Alors plutôt que perdre du temps à le chercher là tout de suite maintenant, pourquoi ne pas au contraire s’ouvrir à l’événement quel qu’il soit, en l’accueillant avec cordialité. Puisque c’est lui que, dans deux mois, dans vingt ans, nous considérerons comme une nécessaire expérience…

Bien sûr, il est des évènements de la vie, tels les deuils, que même avec beaucoup de recul, nous aurons de la peine à trouver positifs.
J’ai moi-même perdu deux personnes très chères : ma grand-mère et ma petite sœur. Et je sais, moi, le cadeau que chacun de ces départs m’a apporté, en plus de l’insondable douleur de la séparation…
Ils m’ont mise en urgence de vivre ! Ainsi que semblent le faire bien souvent, les maladies, et les disparitions qui vous mettent face à la brièveté de la vie !
Même les plus terribles passages nous conduisent vers plus de sagesse, nous invitent à grandir vers plus de présence à la vie, plus d’authenticité.

Les reculs, les détours, les méprises font partie intégrante du processus de développement. Nous avons peut-être l’impression que souffrir davantage est une mauvaise chose, mais nous pouvons le voir sous un jour positif en nous rappelant : « j’ai fait un pas en arrière, mais cela fait partie du voyage en avant. dit Tulku Thondup dans L’infini pouvoir de guérison de l’esprit .
Il parle plus loin de notre faculté à nous accaparer les problèmes, à les solidifier : Lorsqu’on perçoit les problèmes comme négatifs, lorsqu’on n’arrête pas de se dire qu’ils sont terribles et douloureux, les difficultés les plus insignifiantes deviennent des obstacles insurmontables, solides comme des montagnes, tranchants comme des couteaux, sombres comme la nuit.
Car s’il précise qu’Essayer de dissimuler les problèmes sans les identifier, c’est comme effectuer une opération chirurgicale en fermant les yeux.
Il dit aussi :
Cessons de voir les circonstances néfastes comme négatives et efforçons nous par tous les moyens de nous habituer à les considérer comme favorables. Car le caractère plaisant ou déplaisant des choses dépend entièrement de la façon dont notre esprit les perçoit.

Et Denise Desjardins, dans Le Bonheur d’être soi-même, parle de lucidité. Peut-être faut-il ajouter aussi que l’âge (ou l’expérience !) aide ! Vivre en toute lucidité chacun de ces instants dans leur alternance de plaisir et d’amertume prépare à l’apprentissage sur le vif de la dualité. Les paires d’opposés mènent la danse et font la loi : joie-peine, doux-amer, nuit-jour vont et viennent. Double jeu dont on refuse souvent une partie- bien sûr, celle qui est pénible- ne vivant ainsi qu’une demi-existence, jusqu’au moment où l’on est convaincu que l’agréable ne peut durer toujours. Est-il possible d’échapper au déroulement de la dualité, au dynamisme des contraires ? Seulement les regarder jouer d’un oeil égal. Ainsi fait le sage.

Sans être vraiment sage ! pas encore… nous pouvons changer de regard et nous accrocher (dans un premier temps, c’est vraiment de cela dont il s’agit ! s’accrocher ! s’accrocher comme à une bouée ! la conviction ne vient qu’après !), nous accrocher donc à l’idée que finalement tout est pour le mieux, et que tout accueillir d’un cœur ouvert, permet de vivre plus tranquille, et même plus heureux/heureuse !

Jean-Claude Marol, dans Le rire du sacré rapporte cette histoire sage, qui nous permet aussi de prendre le recul nécessaire lorsque, là tout de suite, ça ne semble pas terrible… Nous pouvons espérer, voire deviner ! que, au final, tout sera pour le mieux !!
Il raconte :
Un jour un roi avait décidé de chasser en forêt. Il n’avait admis pour l’accompagner que son ministre. Son ministre n’avait qu’un défaut, il lui disait en toute circonstance : « Ce que Dieu fait, il le fait pour votre bien… »
Sinon, c’était un bon ministre.
Cette fois, dans sa hâte de décocher une flèche à un animal, le roi s’était tranché un doigt.
« Dieu fait tout pour votre bien, dit le ministre.
-Hors de ma vue, scélérat ! » hurla le roi.
Le ministre s’éloigna. Le roi banda son doigt comme il put. Mais, alors qu’il reprenait la direction de son palais, un groupe d’hommes bondit sur lui.
« Nous allons pouvoir faire un superbe sacrifice à nos dieux ! »
Et ils le traînèrent jusqu’à leur lieu de sacrifice pour le tuer.

"Bravo" pensait le roi en évoquant son ministre et son "Dieu-fait-tout-pour-votre-bien"… Cependant le prêtre sacrificateur vit le doigt tranché.
"Nous ne pouvons offrir à nos dieux qu’un homme entier !" clama-t-il, et il fit relâcher le roi.
Le roi, de retour au palais, fit rappeler son ministre et le remercia de tout son cœur.
-"C’est à moi de vous remercier, Majesté. Car, si vous ne m’aviez pas renvoyé, c’est moi que ces gens auraient sacrifié."

Des histoires de ce genre, il en existe plein ! La plupart vous parle de Dieu ou de ses anges, mais point n’est besoin de croire pour savoir que le fin mot de l’histoire ne se dévoile souvent qu’après !

Je vous suggère donc, ainsi que le conseillent les sages bouddhistes, et comme je tente moi-même de le faire !, d’accueillir les moments calmes, les moments gais, les moments forts, les moments tristes avec quasi (n’exagérons rien !! tout de même !!) la même égalité d’humeur !


© Carole Braéckman – www.lhibiscus.fr - mai 08

Voir aussi le joli conte de l’âne qui nous apprend à profiter des épreuves de la vie pour grandir !
Et aussi le coucou Trois rouges-gorges, qui met en scènes trois réactions différentes face à une même épreuve de vie...








Élevons-nous : de l’enfance

Pour les enfants que nous avons été, pour les parents que nous sommes.
Un livre qui vous allège de vos peurs, vous guide vers une éducation respectueuse…

 

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