L’hibiscus

Les étiquettes

par Carole Braéckman

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Nous sommes enfermé(e)s, nous nous enfermons nous-même, sous un bardage d’étiquettes qui nous définissent et nous contraignent.
Notre vraie personnalité, chatoyante et joyeuse, est étouffée sous ses étiquettes.
Ôtons nos propres étiquettes, et cessons donc d’en scotcher sur notre entourage !

Je voudrais vous mettre en garde contre les étiquetages !
Trop souvent, nous sommes bardé(e)s d’étiquettes qui nous définissent. Et ces étiquettes que nous adoptons, la plupart du temps, avec une belle docilité, sont autant de pièges qui nous empêchent de progresser vers notre vrai(e) nous. Imaginez-vous un petit bonhomme/une petite bonne femme tellement recouvert(e) d’étiquettes, qu’il/elle en est ligoté(e), paralysé(e), momifié(e)… Si l’image peut faire sourire, la réalité est un peu plus « coton » !

Les étiquettes scellent un trait de caractère, et sont nommées explicitement, c’est leur caractéristique, alors que les masques dont je vous ai déjà parlés sont des personnages entiers que vous adoptez de façon parfaitement inconsciente.
Les deux se rejoignant dans le fait que, le plus souvent à votre insu, vous les agréez, étiquettes et masques ! et qu’ils/elles vous empêchent de progresser sur votre propre chemin.

Une étiquette correspond à une énergie : si vous dites de quelqu’un(e) qu’il/elle est bougon(ne), vous lui donnez de la matière à ronchonner ! c’est exactement comme si vous nourrissiez sa grincherie ! Si votre entourage dit de vous que vous êtes peureux/peureuse, vous imaginez bien que cela vous déforce passablement lorsque vous devez affronter une situation.
Même lorsque l’étiquette semble positive, elle peut être pernicieuse. Elle donne un peu de force, certes, mais elle ligote tout aussi sûrement ! « Il/elle est toujours de bonne humeur », et voilà, plus le droit d’être sombre ! « Elle/il est si fort(e) ! », ce qui équivaut à une interdiction de pleurer ! Vous allez chercher à être à la hauteur de ce que les autres attendent de vous ! et pirouetter sur un chagrin. Ce qui est la dernière des attitudes à adopter !! vous le savez.

Les autres ont vite fait de vous coller une étiquette. Mais soyez aussi vigilant(e)s à celles que vous vous attribuez vous-même ! Elles sont encollées, genre inextirpables ! Si vous dites de vous que vous êtes colérique, pas de problème ! vous vous êtes enfermé(e), et à la prochaine occasion, vous la piquerez votre colère, puisque c’est dans votre nature (pensez-vous). Vous me suivez ?

Alors quelles que soient les étiquettes dont les autres vous affublent, ou celles dont vous avez eu la faiblesse de vous plomber tout(e) seul(e), prenez soin de les examiner et de décider, si vous les gardez, provisoirement, ou pas. Passez-les au crible. Rectifiez au besoin. « Non, je ne suis pas colérique, j’ai des accès de colère. Et d’ailleurs, je cherche à m’en débarrasser. » « Non, je ne suis pas toujours en forme, il m’arrive d’avoir des baisses de régime, comme tout le monde. » « Non, je ne suis pas fragile, j’ai des moments de faiblesse, mais aussi de grandes forces en moi. Que je mobilise si nécessaire »…
Vous vous rappelez que nous ne sommes pas nos émotions, ainsi que le raconte si drôlement ce joli petit conte zen, rapporté par Jean-Claude Marol dans Le rire du sacré  :
Un élève aborda Bankei :
Je suis coléreux. Je ne vois pas quoi faire avec ça… J’ai un sale tempérament.
- Montre-moi ta colère,
dit Bankei.
- Je ne peux pas sur commande.
- Alors, ça ne peut pas être ta vraie nature,
reprit Bankei. Si c’était le cas, tu pourrais me la montrer à tout moment.

Prenez le temps de cette réflexion sur les étiquettes dont vous êtes couvert(e)s, comme un temps d’attention à vous-même. Les autres vous offrent en cadeau, un miroir, pour vous aider à avancer dans la connaissance de vous-mêmes. Ils/elles vous disent rebelle. En quoi pouvez-vous adhérer à cette étiquette ? et quel(le)s sont les moments, les situations où elle est parfaitement erronée ? N’en veuillez pas aux autres si l’image que vous présente leur miroir est faussée. Voyez comme vous aussi avez facilement la manie de coller des étiquettes ! Mettez votre vigilance à éviter d’être vous-même une encolleuse/un encolleur d’étiquettes !
Sachez aussi, que les étiquettes que vous vous efforcez de coller sur le dos des autres dévoilent beaucoup de votre propre personne !! On repère chez autrui, avec une grande facilité, les défauts ou travers que nous possédons nous-même !! C’est le sujet du texte Pardonnez-vous les bêtises et défauts des autres.

Alors, cela ne veut pas dire que vous n’avez pas le droit d’apprécier, d’émettre un avis... Par contre, veillez à le faire de façon non enfermante, non définitive : « Il est capricieux », mais non voyons, il (vous !?) a fait un caprice ! c’est différent ! (et encore, il faudra définir un jour, ce qu’est un caprice !!) ; « Elle n’aime pas l’école » peut se transformer en un plus judicieux : « En ce moment, dans cette classe, avec cet instituteur, elle n’aime pas aller à l’école ».

Veillez surtout à ne pas étiqueter vos enfants, vos jeunes. Car ils/elles sont parfaitement dociles : vous les définissez comme paresseux/paresseuses ?, pas de problème ! ils/elles vont très vite vous donner raison ! Et quand ils/elles endossent une étiquette, ça peut-être pour la vie !! Au secours !!
« Elle est paresseuse » : si vous avez l’impression que votre fille est effectivement paresseuse, veillez à la mettre en valeur sur des activités qu’elle aime et pour lesquelles, comme par hasard, elle ne montre aucune trace de flemme ; « Il est si gentil, si serviable », poussez-le donc à penser à lui !! ; « Il est si brillant ! », attention à ne pas attiser son perfectionnisme !! parlez-lui de l’échec nécessaire pour progresser…

Alors, saisissez bien toutes les occasions de réfléchir sur vos étiquettes, récusez-les, le plus souvent possible, ou, tout au moins, nuancez-les. Voyez par exemple, ce que je vous raconte sur la gentillesse.
Et par rapport aux autres, évitez de leur en coller. Ne soyez pas binaire, surtout lorsqu’ils/elles vous blessent... continuez à les apprécier dans leur altérité bigarrée Et aidez-les plutôt à se débarrasser de leurs propres vignettes négatives et sclérosantes.
Et j’ai envie de terminer sur l’image de Jacques Tati - dans Mon oncle , il me semble, à moins que ce ne soit dans Trafic - en train de se débarrasser d’un bout de papier collé sur ses doigts ! Rappelez-vous : il secoue la main, et le papier s’accroche ! change de main éventuellement ! ou de doigt ! Cette scène a le don de me faire beaucoup rire !!
Eh oui ! parfois, ce n’est pas tout facile !! elles sont bien encollées, nos petites étiquettes !!

© Carole Braéckman – www.lhibiscus.fr – novembre 2010


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