L’hibiscus

Comment surmonter un deuil, une séparation : Donnez rendez-vous à vos chagrins...

par Carole Braéckman

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Surmonter un deuil, une séparation, cela est grande souffrance. Une souffrance qui mérite qu’on s’y arrête, qu’on la pleure...
Mais pas uniquement. Il est bon aussi de rester dans la vie.
Petit parcours d’un deuil, d’une séparation...

Il est certain(e)s d’entre vous qui ont de gros, d’immenses chagrins. De tels chagrins qu’ils envahissent toute leur vie !
Si vous êtes encore là, à me lire, c’est que vous avez décidé de rester avec nous ! Allons ! tant mieux !
Moi, je suis là pour tâcher d’adoucir votre peine. Je suis passée par là, et c’est abominable !

Il est certain qu’il est des deuils, des séparations qui nous anéantissent !
Telle a perdu sa sœur, et de toute sa vie n’aura jamais réussi à l’apprivoiser. Pour telle autre, c’est un père très cher qui est mort, et elle se sent esseulée… Tel autre, c’est sa femme qui vient de le quitter…
Les douleurs sont fortes ! On se sait inconsolable.
Et pourtant ! la vie est là, toute frémissante ! elle bruit à côté. Tout à côté…

Un seul conseil : donnez rendez-vous à votre chagrin !
Vous vous donnez un temps pour pleurer.
A la mort de ma petite sœur, c’est mon garçon qui a géré : « Maman, j’ai une idée ! Moi, je vais aller passer une semaine chez mon cousin, et toi pendant ce temps-là, tu pleureras tout ton saoul ! et quand je reviendrais, tu auras fini de pleurer ! »
Pas mal vu !
J’ai pleuré mes huit jours, puis je suis retournée chercher mon garçon, chez ma belle-sœur. Et j’ai tâché d’être dans la vie pour ne pas alourdir la propre peine de mon garçon. Quand on est dans la brume noire, on oublie parfois, que les autres aussi ont du chagrin ! et pour peu qu’ils/elles veuillent jouer les costaud(e)s, (c’est bien le moment !!), on se focalise sur sa propre douleur.

Donner rendez-vous à son chagrin, cela signifie qu’il nous faut tenter de rester dans la vie, d’assurer la matérielle, de vaquer à nos tâches familiales et professionnelles, mais aussi de s’exercer à écouter la vie autour de nous, les oiseaux, les rires d’enfants dans les squares… les nuages dans le ciel…
Et, dès que le besoin s’en fait sentir, de se fixer un créneau où pleurer de tout son cœur, de toute son âme ! Isolez-vous et préparez une pile de mouchoirs !
N’hésitez pas, lors de ces rendez-vous à parler à vos disparu(e)s, à leur écrire, à dire votre chagrin, votre colère, vos remords aussi… Vous n’êtes pas obligé(e) de poster votre courrier, s’il est rempli de colère, car l’important c’est d’écrire, cela vous aura soulagé.
Au début du deuil, de la séparation, vos rendez-vous seront peut-être quotidiens. Tous les soirs pendant la vaisselle ou juste après ! Puis vous pourrez les espacer…
Ne vous forcez jamais à pleurer, ne vous culpabilisez pas de ne pas avoir envie de pleurer aujourd’hui. La vie vous regagne tout doucement, et c’est tant mieux.
Attention, cependant, à ne pas jouer les fortiches ! Combien j’en vois avec des deuils non faits ! des qui, des quelques trente voire cinquante ans plus tard, s’effondrent en larmes dans mon cabinet… Enfin !
Une des énergies les plus tristes, les plus froides, est l’énergie du chagrin. Dans un roman mongol, Galsan Tschinag, écrit que des larmes non pleurées se transforment en poison. Mes élèves ont appris à rire quand je m’écrie : « Ah c’est bien ! parfait ! » alors qu’on me raconte une crise de larmes.

On peut même, en cas de deuil, se donner des rendez-vous familiaux, sans attendre les saintes commémorations comme la Toussaint, ou les anniversaires… Je conseille de pleurer en famille, avec des ami(e)s. Evoquer nos mort(e)s nous aide à adoucir le chagrin, et a de fortes chances, au début, de provoquer des épanchements mouillés ! Ne croyez surtout pas que c’est indécent. Pleurer autorise nos proches à faire de même.
Que de fois, en stage, lorsque l’un(e) d’entre vous éclate en sanglots, tout le groupe soupire, soulagé, de cette libération…
Vous avez déjà, sans doute, assisté à un enterrement où des personnes pleuraient intarissables, alors qu’elles ne connaissaient pas ou peu, le/la disparu(e)… C’est que le chagrin est communicatif, et qu’il est si retenu parfois, qu’il saisit de telles occasions pour s’épancher. Enfin !
Je devrais écrire les chagrins ! le stock de chagrins des séparations, des deuils, des renoncements... etc.
Une de mes amies m’a appelé lorsqu’elle a su que j’avais perdu ma petite sœur. Et dès que j’ai décroché, elle a fondu en larmes, et s’est excusée : « Je m’étais promis de ne pas pleurer ! j’ai honte ! c’est toi qui perds ta sœur, et c’est moi, qui pleure !! — Mais c’est très bien au contraire ! en pleurant, tu me libères de mon chagrin. Enfin, un peu ! Ne t’en fais pas, j’ai des réserves considérables !! »
N’ayez jamais honte de pleurer. Pour vous, pour les autres, c’est une bénédiction.
Les personnes sensibles captent le chagrin, et font de très jolies pleureuses. Vous connaissez les pleureuses, ces femmes dans certaines cultures qui sont payées pour pleurer lors des deuils ! Elles crient et pleurent bruyamment… le chagrin des autres…
Ma grand-mère était pleureuse, en Corse. Et c’était aussi la femme la plus gaie que je connaisse ! Sans doute, parce qu’elle se vidait régulièrement de son propre chagrin, en pleurant pour ceux des autres, et avec les autres…

On peut aussi donner rendez-vous à son chagrin chez un(e) accompagnant(e), un(e) thérapeute... Ces personnes n’ont pas de problème avec les larmes. Elles en connaissent les bienfaits : l’oppression qui cesse, la tension intérieure qui se dénoue, les angoisses qui s’estompent... Elles vont vous encourager à pleurer, vous aider à évacuer le chagrin.

Attendez-vous, aussi, bien sûr !, à ce que ce soit votre chagrin qui vous donne rendez-vous. Au beau milieu d’une scène, à l’improviste, il peut vous cueillir. N’ayez aucune honte, si vous êtes en public, à vous laisser embuer. Quand notre société aura regagné les larmes, notre monde ira mieux ! Mais chassez votre chagrin, gentiment et fermement, vers votre rendez-vous "Sois sage ô ma douleur, on se voit à 20h"

Le danger serait de ne pas pleurer. Et l’autre danger sur le versant opposé serait de trop pleurer.
Alors, en plus de ces rendez-vous donnés au chagrin, prévoyez aussi un temps pour nourrir votre douloup Chaque jour, il vous faut nourrir la vie en vous. Dansez si telle est votre passion, lire un policier, marcher un quart d’heure dans la splendeur de la nature, faire un gâteau au chocolat… Même si le premier gâteau, salé de larmes, inaugure d’une nouvelle recette !, accrochez-vous !! Tout ce que vous voulez, du moment que cela réveille la vie en vous ! et lui redonne tout doucement des couleurs, ses couleurs !

Alors donnez rendez-vous régulièrement à votre chagrin, et tâchez de vivre intensément pour le reste.

© Carole Braéckman –www.lhibiscus.fr – juin 09



Une très grande amie d’enfance de ma sœur vient de m’écrire. Elle s’interroge face à sa réaction :
« je viens de lire ton texte sur le deuil, où tu évoques la mort de Lise, et Plouf ! Je me suis mise à pleurer, submergée par l’émotion. Je m’étonne de cette réaction : je considère que j’ai fait mon deuil. Je peux évoquer Lise, en pensée ou en paroles sans plus avoir envie de pleurer depuis longtemps. Je me sens en paix depuis longtemps par rapport à ça. Et là, c’est comme si d’un coup, je m’étais brièvement trouvée renvoyée 7 ans en arrière en te lisant. En plus, je ne me sens pas d’autres raisons particulières de pleurer, car même si comme tout le monde j’ai des tracas, je considère que j’ai de la chance et je me sens heureuse. C’est bizarre, ça me déconcerte... Je me demande ce que ça signifie... »
C’est ainsi le deuil. N’a parfois des poches de chagrin, cachées, dans les fins-fonds !!!
Bien sûr, et heureusement !, qu’avec le temps, la douleur perd de son intensité. Le chagrin est toujours présent, mais moins envahissant, moins mordant. Il semble apaisé.
Et il l’est !
Et puis, un jour, plouf, comme dit l’amie ! il peut ressurgir ! Tout à coup, il peut vous revisiter, et vous paraître identique aux premiers jours, dans la même acuité ! avec le même désespoir ! Même après des mois ! après des années !
Pas de panique. Tout va bien. Sortez les mouchoirs ! Aujourd’hui, c’est comme ça !
On ne comprend pas. Mais ce n’est pas grave. On s’adonne au chagrin, afin de le laisser se dissiper. Aujourd’hui, c’est comme ça.
Demain sera plus calme, voire encore plus serein, plus joyeux, après ce nouveau nettoyage impromptu !!

Et, oui ! on peut être joyeux ou dans la joie, et avoir des crises de larmes.
Le bonheur, c’est pas tout lisse !

© Carole Braéckman –www.lhibiscus.fr – juin 09

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Et aussi sur la mort comme un voyage vers d’autres contrées.
Lisez aussi la dictature du bonheur pour apprendre à être vous, au plus près de vous !
Et enfin, sur le besoin d’être consolé(e) et non pas plaint(e)... que vous soyez affligé(e)s vous-même, ou auprès d’une personne anéantie par le chagrin.








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