L’hibiscus

Anne-Françoise Le Meur : Hommage à ma grande amie et hymne à la vie

par Carole Braéckman

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Ma très grande amie Anne-Françoise Le Meur est décédée.
Je souhaite par ce texte lui rendre hommage.
Et aussi, vous exhorter à la vie !
J’ai la certitude que c’est ce qu’elle aurait souhaité !

Mon amie Anne-Françoise Le Meur est décédée soudainement au Népal, où elle était venue me rejoindre.
Je suis triste, bien sûr, car nous étions si proches, qu’elle laisse un grand vide dans ma vie.
Le lumineux sourire d'Anne-Françoise

Je ne suis pourtant pas désespérée car sa mort, quoique brutale, fut sereine, et je ne pense pas qu’elle en eût choisie une autre…
Toile de fond : des étoles de brume, couvrant et découvrant les pics himalayens, une vingtaine d’aigles majestueux, évoluant dans le ciel très pur. Une image d’une grande beauté, d’une paix exceptionnelle !
Une amie très chère – moi - à ses côtés. Lui caressant le front.

Et puis, dans la nuit même de sa disparition, nuit profonde, nuit broyée, alors que je ne dormais pas, j’ai assisté à son ascension. Ce n’est pas la première fois que je « vois » partir un(e) mort(e). Mais c’est la première personne que je vois s’élancer avec autant d’aspiration ravie et de joie pétillante, vers ce monde d’amour éperdu. Anne-Françoise était très curieuse, elle était chercheuse à l’Inria. Depuis que nous nous étions rencontrées, elle avait juste élargi son champ d’investigation !
Si je vous parle d’ascension, vous vous hérissez peut-être. Je ne vous en voudrais pas, car j’étais moi-même très violente quand j’entendais des histoires de cet acabit, il y a quelque 20 ans. Et puis, j’ai été cueillie par des expériences extra-sensorielles, des intuitions fulgurantes et des « visions »… Celles et ceux qui me connaissent savent que j’ai les pieds sur terre, et que je reste extrêmement pragmatique, et « ne fume pas la moquette », selon une expression d’Anne-Françoise.
Si je vous en parle aujourd’hui, alors que d’habitude, je reste discrète, c’est parce que, une fois de plus !, cet entraperçu de l’au-delà m’a ravi le cœur ! J’ai hâte d’y aller ! de me baigner dans ce flux d’amour total ! Et je me réjouis pour Anne-Françoise !
Ne craignez pas la mort, ne craignez pas de partir ! Ce n’est pas une disparition, mais une renaissance dans une éblouissante lumière d’amour.

Je ne suis pas défaite, car nous nous étions tout dit : de notre profonde amitié mutuelle, de notre admiration réciproque, etc. Nous étions en parfaite harmonie.
De son côté aussi, sa vie était « en ordre ». Elle venait de se réconcilier avec deux de ses très grandes amies. Elle avait pacifié son cœur à propos de personnes pas toujours très gentilles avec elle.
Je ne peux qu’encourager chacun(e) d’entre vous à développer paix et clarté avec ses aimé(e)s, avec son entourage.

Nous avions encore de nombreux projets communs, Anne-Françoise et moi, bien sûr…
Mais j’ai confiance : la vie va m’envoyer d’autres bonnes volontés… Et Anne-Françoise qui rigole « au ciel » avec ses aimé(e)s m’insuffle une grande sérénité. Encore plus grande que d’habitude !

Anne-Françoise était crémeuse d’amour ! une énergie très particulière.
Nous avons tous et toutes beaucoup d’amour en nous. Mais très peu d’entre nous le savent et vont y puiser. Elle, vieille âme, n’y songeait même pas : elle était amour ! Elle donnait sans réfléchir, sans compter.
Elle donnait tant que, parfois, autour d’elle, elle rencontrait rétractation et refus !
Nous prétendons tou(te)s vouloir l’amour dans notre vie, mais la plupart du temps, quand il déboule, franc et massif, il nous arrive de nous replier, de le trouver suspect !!! Je dois dire, avec consternation, que nous n’y sommes pas habitué(e)s !!
Les crémeux et crémeuses d’amour en sont tou(te)s décontenancé(e)s. Ainsi Anne-Françoise, qui s’est pris quelques jolies claques.
Nous vivons un drôle de monde. Quand même !
Regardez attentivement autour de vous, si vous n’auriez pas tendance à refuser quelque débordement d’amour. Et prenez tout ce que vous pouvez ! c’est du tout bon ! ça ne devrait pas se rater !! Quand vous vous sentez vous recroqueviller devant trop d’amour, n’oubliez pas que la vie est brève, et que votre désir le plus profond, le plus vrai, le plus urgent, est de vous abreuver d’amour !
Chouchoutez-vous mutuellement. Ne perdez pas une occasion !

Anne-Françoise était courageuse. Et repartait, l’amour en bandoulière autour du cœur. Elle pratiquait à merveille, « cette injustice qu’est l’amour » ! Toujours.
Le seul amour qu’elle négligeait, encore qu’elle ait bien progressé !, était l’amour d’elle-même !
C’est le plus difficile. Et pourtant, le plus important.
Si vous vous aimez, même les rebuffades des personnes qui vous trouvent suspect(e) -de trop d’amour !- ne vous atteignent plus. Et l’amour devient votre loi première !
Anne-Françoise venait de le comprendre, ou plutôt non, de l’assimiler, de l’intégrer ! et elle irradiait une belle lumière chaleureuse !

J’ai vécu auprès d’Anne-Françoise une amitié exceptionnelle, une relation rare. Nous n’étions pas un couple, mais pourtant, je me permettrais de donner un conseil aux personnes qui vivent en couple.
Enfin, non, deux conseils !
Le premier est de cultiver chacun(e) l’amour de soi. Je viens de vous le dire.
Le second qui lui est contigu est de trouver votre propre bonheur, chacun(e), indépendamment de l’autre. Ayez une relation d’amour. Mais ayez aussi un épanouissement, un bonheur indépendant ! D’abord, parce que vous vous le devez !
Aussi parce que vous aidez ainsi votre partenaire à déployer sa propre plénitude.
Et enfin, parce que l’amour béquille est un amour non véritable, un amour au conditionnel. Cela se vérifie quand l’un(e) de ses membres disparaît. Le plus beau cadeau que vous puissiez faire à la vie et à tou(te)s vos aimé(e)s, est de tenir debout tout(e) seul(e) !
Et je vous promets que votre relation de couple sera, du coup, remarquable !

Je vide sa maison.
Cela me donne la furieuse nécessité d’épurer encore mes propres cartons ! de minimiser encore mon prochain déménagement !
Qu’est-ce qu’on peut accumuler comme bazar !!! Quand on meurt, qu’en reste-t-il ? Des caisses vers les encombrants, des sachets et des sachets vers les bennes à vêtements… etc.
Dans notre drôle de société de consommation, seule la mort nous pousse à simplifier, à acheter moins…
Vous me direz que cela peut aider les personnes qui restent, à faire leur deuil. Quitter un à un les objets du/de la disparu(e)...
En tout cas, moi, je râlotte sur toutes ces fouff’s qui embarrassent la maison !

Beaucoup de personnes, connaissant la précieuse relation qui nous liait Anne-Françoise et moi, se font du souci pour moi.
Je vous en prie, n’en faites rien. Anne-Françoise était ma très grande amie. Et non pas ma béquille.
Et puis, vous le savez, paradoxalement, la mort nous pousse à vivre ! à ne plus perdre de temps ! à être sincère, authentique !
A rire, à s’émerveiller des floraisons, à câliner ses proches, à consoler les affligé(e)s, à se lécher les babines devant un plat savoureux. A être vivant(e) ! en un mot !
De plus, pour les personnes qui ont entrevu le monde des âmes, la mort n’est pas douloureuse. La peur nous a quitté(e)s. La mort fait partie du cheminement. Elle pousse les survivant(e)s à profiter encore plus du présent, à se mettre en urgence de vivre !
Bien évidemment, nous guignons vers ce « là-haut » d’amour, - ou ce monde d’à côté - où tout est si fluide, si évident, si lumineux. Je ne vous le cache pas !!
Mais la mort n’est pas triste. Bien au contraire ! Nous nous appliquons juste encore plus à vivre, à être prêt(e), à mettre nos affaires en ordre, à pacifier notre cœur, à dire au fur à mesure ce qui nous chagrine ou chiffonne, à dire « je t’aime » ou « je vous aime », à admirer, à célébrer...

D’ailleurs, je vous aime, vous, tous et toutes, chacun et chacune. Oui, vous là, toi, là.
Ne vous cachez pas derrière votre écran ! c’est à vous que je m’adresse !
Avec toutes vos petites manies, avec tous vos petits défauts, avec vos cachotteries, vos mesquineries, vos peurs… Ah vos peurs !... Semez-les donc qu’on aperçoive votre véritable lumière, votre amour magnifique !
On n’a qu’une vie !
Ou en tout cas, une vie à la fois !!

Je vous la souhaite toute jolie !
Carole.

Ce très joli poème de William Blake, (Londres 1757-1827) pour conclure. Poème trouvé par la mère d’Anne-Françoise, sur une des cartes de condoléances.
Merci

Le voilier.
Je suis debout au bord de la plage. Un voilier passe dans la brise du matin et part vers l’océan.
Il est la beauté, il est la vie.
Je le regarde jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’horizon.
Quelqu’un à mon coté dit : "Il est parti ! "
Parti ? Vers où ?
Parti de mon regard, c’est tout !
Son mât est toujours aussi haut,
sa coque a toujours la force de porter sa charge humaine.
Sa disparition totale de ma vue est en moi, pas en lui.
Et juste au moment où quelqu’un près de moi dit : "Il est parti ! "
Il y en d’autres qui, le voyant poindre à l’horizon et venir vers eux, s’exclament avec joie : "Le voilà ! "
C’est ça la mort.



© Carole Braéckman – www.lhibiscus.fr – mai 2011


Pour cheminer lors d’un deuil, je vous conseille la lecture de Comment surmonter un deuil, ainsi que de tous les articles connexes cités. Afin de vous aider à comprendre l’effroyable brassage de toutes les émotions, la nécessité de laisser couler les larmes et le besoin d’être consolé(e) et non pas plaint(e)...








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